Présidentielle 2017 : aucun candidat ne cultive la créativité politique

12
Mar

Présidentielle 2017 : aucun candidat ne cultive la créativité politique

Tous les programmes sont désormais connus. Tous veulent signifier aux électeurs que les candidats sont à l’écoute, les associent à l’élaboration de leur programme, et gouverneront différemment. Mise en scène bientôt victime du syndrome Désir d’Avenir, ou annonce d’une vraie révolution démocratique ?

Les Français veulent être gouvernés autrement. Certains aspirent à plus d’implication dans les processus de décision. Tous exigent des changements radicaux. C’est donc à l’aune d’un double impératif que doivent être évalués les propositions des candidats à l’élection présidentielle : vraie implication citoyenne et efficacité accrue de l’action publique. Un impératif résume l’addition de ces deux objectifs : l’innovation politique.

« Mon programme sera le vôtre »… Vraiment ?

L’examen de ce que sont la créativité et l’innovation en politique souligne un impensé révélateur de notre manière de concevoir l’action publique. La créativité est la faculté à développer des solutions en temps voulu, appréciées pour leur originalité, efficacité et efficience sur la durée, et emportant ainsi l’adhésion. Son débouché est l’innovation, c’est-à-dire la mise en œuvre des solutions émergeant d’un processus créatif. La politique, en somme ne devrait s’occuper que de cultiver créativité et innovation collectives !

Exercice lexical cédant à un effet de mode ? Non, si on dépasse les idées préconçues, ces deux notions invitent à la réinvention radicale de nos manières de gouverner qu’attendent les Français. Toutes les études des processus créatifs le soulignent, la créativité se nourrit de l’inclusion de différents types d’expertise, de collaboration entre acteurs, transgressant les fragmentations et surmontant les dissensions entre approches, pour « co-créer ». Exactement ce que les citoyens attendent comment façon de gouverner plus moderne, car plus inclusive et collaborative, moins fragmentée et sectaire. Et au final plus efficace.

Co-création et efficacité des politiques publiques : que proposent les candidats ?

Les programmes des principaux candidats à l’élection présidentielle apportent des bribes de réponse à cette attente citoyenne, sans former un tout cohérent.

Co-création du programme d’abord : François Fillon met en avant la consultation de la « société civile » et de « plus de 500 experts ». Même le Front National insiste sur le recours à des « collectifs » de « plusieurs centaines » d’experts. L’ouverture est donc bonne à afficher. D’autres vont bien plus loin. « Mon programme sera le vôtre » promettait Emmanuel Macron avant de lancer 100.000 « conversations » pour élaborer son diagnostic, tandis que Jean-Luc Mélenchon consultait un nombre équivalent de personnes sur internet. Pourtant, quelle que soit méthode, elles ont pour point commun de procéder à un tri final en petit comité, dans un temps limité. Normal, direz vous, pour un processus qui engage la responsabilité d’une personne. Certes, mais qu’est-ce qui distingue alors ces processus de l’écriture médiatique chère à François Mitterrand qui visait avant tout à choisir les éléments de langage qui résonnent le mieux avec l’électorat visé, plutôt qu’à engager une réflexion collective réellement ouverte ?

Du côté des programmes, on constate des propositions diverses chez Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Charlotte Marchandise de laprimaire.org. Elles incluent des mesures aussi intéressantes que le souhait, chez le premier, de donner plus de moyens pour l’évaluation des textes existants et plus de temps à la préparation des textes de loi, avec un débat d’orientation citoyen, de poursuivre le mouvement de décentralisation, ou encore de permettre des conférences de consensus sur certains dossiers. Chez le second, d’offrir la possibilité aux citoyens de soumettre des amendements à un projet de loi via « l’amendement citoyen », ou d’intervenir dans le parcours législatif via un « article 49.3 citoyen ». M. Mélenchon propose quant à lui de remettre les choses à plat avec une Assemblée constituante.

L’envie de renouveau a donc été perçue. Mais les réformes annoncées ne sont pas guidées de manière systématique par ce double impératif de co-création et efficacité. Imaginez qu’une organisation décide de se tourner résolument vers l’innovation pour assurer sa survie. Ne va-t-elle que créer une boite à idées occasionnelle, donner la possibilité de déposer des motions lors des réunions de son Assemblée générale, ou changer ses statuts ?

Favoriser réellement l’innovation politique implique tout d’abord de mettre la créativité au cœur de l’action publique, en nommant par exemple un Ministre d’Etat pour les générations futures qui travaille aux côtés du Premier Ministre pour que les ministres remédient à la fragmentation de leur action et leur insuffisante prise en compte du futur. Susciter l’innovation nécessite aussi d’embrasser la complexité des enjeux et résister au simplisme ambiant. Concrètement, cela veut dire par exemple que l’évaluation accrue des politiques publiques ne doit pas recourir aux seuls outils économiques, mais faire intervenir une variété de sciences sociales ainsi que les publics concernés. On doit par ailleurs enseigner les méthodes de l’innovation aux acteurs publics et veiller à ce que l’Etat joue un rôle de catalyseur de créativité. Décentraliser plus ne sera pas efficace si l’on n’accompagne pas ce mouvement d’une redéfinition du rôle de l’administration centrale, pour qu’elle facilite l’expérimentation – absente des programmes mais essentielle à tout processus créatif -, en tire des enseignements et soutienne la reproduction à l’échelle des mesures les plus audacieuses et utiles.

Il est temps de placer l’imagination au pouvoir par de telles mesures, et bien d’autres. La démocratie au XXIe siècle sera créative, ou elle ne sera pas.

Auteur: Stephen Boucher, auteur du Petit manuel de créativité politique – Comment libérer l’audace collective

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