Le Centre commun de recherche (JRC) de la Commission européenne vient de publier les résultats de son EU Citizen Engagement Impact Survey, conduit dans 20 pays. Le constat est net : 97 % des 105 administrations publiques ayant participé à des processus d’engagement citoyen déclarent vouloir recommencer. Parmi les bénéfices cités : une meilleure qualité des politiques publiques, une prise en compte accrue des besoins des communautés, et un renforcement de la légitimité démocratique.
L’étude documente aussi un effet plus profond : les processus participatifs transforment la culture interne des institutions. Les agents publics qui y participent développent une plus grande appétence pour l’engagement citoyen et reconnaissent sa valeur comme outil de gouvernance. Par ailleurs, quand les citoyens ont le sentiment d’avoir leur mot à dire, leur confiance envers les institutions augmente, un effet rare et précieux à l’heure de la défiance généralisée.
Une enquête de Sciences Po et de l’institut Verian (DeCoDe : Délibération citoyenne et confiance dans la politique démocratique), menée auprès de 2 500 Français représentatifs, dessine un tableau saisissant. Seuls 13 % des répondants font confiance à la politique, mais 80 % restent attachés à un système démocratique. Ce n’est pas la démocratie que rejettent les Français : c’est l’électocratie, ce gouvernement par des élites élues sans mandat contraignant.
Face à ce constat, 67 % des sondés jugent positif que des citoyens participent à des conventions citoyennes, et 53 % se disent favorables au remplacement du Sénat par une assemblée tirée au sort. Les raisons invoquées ? L’impartialité des citoyens tirés au sort (qui « ne cherchent pas à être réélus »), leur légitimité en tant que « gens ordinaires », et la défiance envers les élus professionnels.
Les Français privilégient un modèle de « démocratie radicale » : les citoyens fixent l’agenda des assemblées par pétition, et leurs recommandations sont soumises à référendum. Un modèle qui préserve la souveraineté populaire tout en la rendant plus directe.
Ces deux études convergent vers une même conclusion : les innovations démocratiques, assemblées citoyennes, délibération, tirage au sort, ne sont plus des expériences marginales. Elles produisent des effets mesurables et répondent à une demande sociale réelle.
La condition sine qua non de leur succès ? Un engagement politique sincère à donner suite aux recommandations des citoyens. Comme le souligne le JRC, sans suivi tangible, la confiance gagnée peut rapidement s’éroder.