Comment l’ULB a organisé une assemblée universitaire pour préparer son avenir
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Comment l’ULB a organisé une assemblée universitaire pour préparer son avenir

Comment une université de 40 000 personnes peut-elle prendre des décisions collectives sur son propre avenir ? L’Université libre de Bruxelles (ULB) a choisi d’en faire le pari. Dreamocracy a piloté les « Assemblées libres » de l’ULB, un processus de gouvernance participative à grande échelle déployé de février à avril 2026.

Rassemblant étudiantes et étudiants, professeur·e·s, chercheur·e·s et personnel, ce processus a mobilisé la méthodologie de l’assemblée citoyenne pour produire des recommandations concrètes et collectivement validées en vue d’une transformation institutionnelle. Il constitue un modèle réplicable de démocratie participative pour les universités du monde entier.

L'assemblée universitaire : un modèle de gouvernance participative pour l'enseignement supérieur

Les Assemblées libres de l’ULB se sont déroulées en plusieurs phases :

1. Une enquête à grande échelle ouverte à toute la communauté universitaire
2. Les Tables libres : une journée de délibération à l’échelle de l’université, organisée en tables rondes
3. L’Agora des possibles : une assemblée citoyenne stratifiée

Chaque phase remplit une fonction distincte dans le processus délibératif.

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Étape 1. Sonder la communauté universitaire : cartographier les priorités et les tensions vécues

Le processus a commencé par une enquête à l’échelle de l’université, ouverte à tous les membres de la communauté ULB (étudiant·e·s, personnel enseignant, chercheur·e·s, ainsi que personnel administratif, technique et spécialisé).

L’enquête combinait questions ouvertes et fermées afin de faire émerger les tensions vécues, les urgences perçues et les aspirations tournées vers l’avenir. Elle a recueilli 1 855 réponses contrôlées pour leur qualité, offrant une photographie robuste et représentative des priorités de la communauté.

Sur la base de ces résultats, deux défis centraux ont été formulés comme questions directrices pour la délibération qui a suivi :

  • Défi 1 : « Quelles priorités notre université doit-elle se donner pour maintenir et renforcer la qualité de son enseignement et de sa recherche dans un monde en profonde transformation ? »
  • Défi 2 : « Quelles priorités l’université doit-elle se donner pour réduire le stress, lutter contre les inégalités et favoriser une meilleure qualité de vie pour les étudiant·e·s et le personnel ? »

Étape 2. Les Tables libres : une délibération à grande échelle dans l’enseignement supérieur

Les Tables libres se sont tenues le 10 mars 2026, réunissant un peu moins de 200 membres de la communauté universitaire pour une journée entière de dialogue structuré. Étudiant·e·s, académiques, chercheur·e·s et personnel administratif y ont participé côte à côte, offrant un moment unique de délibération inter-communautaire dans un cadre d’enseignement supérieur.

Inspirées des principes du World Café et adaptées aux réalités de la gouvernance universitaire, ces tables ont permis aux participant·e·s de travailler en sous-groupes diversifiés et d’être invité·e·s à :

  1. Échanger des observations : partager et confronter les perspectives sur chacun des deux défis ;
  2. Imaginer une vision : esquisser des directions prospectives pour l’ULB ;
  3. Proposer des orientations et des pistes d’action : développer des directions concrètes susceptibles de rapprocher l’université de son avenir souhaité.

Au fil de la journée, les discussions sont passées du diagnostic à la direction, produisant des propositions préliminaires qui ont servi de fondation à l’assemblée universitaire qui a suivi.

Étape 3. L’Agora des possibles : une assemblée universitaire stratifiée pour l’université

L’Agora des possibles était composée de 50 participant·e·s sélectionné·e·s par tirage au sort structuré parmi environ 300 volontaires, garantissant que le panel représente toute la diversité de la communauté universitaire (16 étudiant·e·s, 16 académiques, 8 chercheur·e·s et 10 membres du PATGS) avec une stratification secondaire intégrant les réalités des campus, les facultés et les niveaux d’études.

Compte tenu de l’ampleur de la matière recueillie pendant les Tables libres, le champ des travaux de l’Agora a été affiné, avec l’appui du Rectorat, autour de deux questions ciblées :

  • Question 1 : « Comment l’ULB doit-elle transformer ses formats d’enseignement, favoriser l’interdisciplinarité et organiser ses cursus pour améliorer la qualité de l’apprentissage, renforcer la recherche et faire évoluer le modèle académique ? (Y compris : comment les méthodes d’évaluation doivent-elles être repensées pour améliorer l’apprentissage ?) »
  • Question 2 : « Quelles actions concrètes faut-il mettre en œuvre pour renforcer l’égalité des chances ? (Y compris : quelles mesures prioritaires faut-il instaurer pour lutter contre les discriminations et garantir un environnement inclusif ?) »

Trois jours de délibération : comment l’assemblée universitaire a fonctionné

L’Agora des possibles s’est réunie sur trois journées complètes, les 28 mars, 11 avril et 18 avril 2026.

Chaque journée avait un objectif clair dans le processus délibératif.

Jour 1 : Comprendre le contexte

Les participant·e·s ont fixé des principes de travail partagés, sont revenu·e·s sur les productions des Tables libres et ont reçu un éclairage institutionnel d’expert·e·s : Simon Detterman (direction de l’appui stratégique) et Bastien Scorneau (direction de la gestion financière). L’objectif était d’ancrer la délibération dans des contraintes réelles (réalités budgétaires, données institutionnelles, règles existantes, etc.) avant de passer aux propositions.

Jour 2 : Explorer les possibles

Des témoins experts ont répondu directement aux questions soulevées par le groupe lors du Jour 1 :

  • Sophie Lecloux, conseillère pédagogique au Centre d’appui pédagogique ;
  • Charlotte Claes, cheffe adjointe du Département de l’enseignement ;
  • Alain Lévêque, professeur émérite et conseiller du Recteur pour l’inclusion, ancien vice-recteur aux affaires étudiantes. Les participant·e·s ont ensuite identifié quatre grandes orientations stratégiques par la réflexion individuelle, la discussion collective et un vote.

Des sous-groupes ont commencé à structurer des pistes de recommandations pour chaque axe.

Entre les Jours 2 et 3, les participant·e·s ont inventorié les initiatives existantes et continué à développer leurs propositions.

Jour 3 : Converger vers des recommandations

Les sous-groupes ont élaboré entre quatre et six propositions concrètes par axe, puis ont effectué une rotation pour entendre et enrichir le travail des autres. Un préambule commun a été co-rédigé, et chaque recommandation a été évaluée au regard de sa pertinence par rapport aux deux questions du mandat.

La journée s’est conclue par un vote de préférence, lors duquel chaque membre de l’Agora a évalué chaque recommandation selon trois critères — pertinence, sentiment personnel et urgence de mise en œuvre (sur une échelle de 1 à 5 ans).

Immédiatement après, les membres de l’Agora des possibles ont remis formellement leurs recommandations à l’équipe du Rectorat de l’ULB.

Les recommandations : quatre axes stratégiques pour transformer l’université

L’assemblée citoyenne a produit un ensemble structuré de recommandations organisé autour de quatre axes stratégiques, chacun reflétant un large consensus à la fois sur la pertinence et l’urgence.

Axe 1 : Adopter et promouvoir une politique d’interdisciplinarité pour l’enseignement et la recherche

Le processus délibératif a fait apparaître une forte attente que les silos disciplinaires soient démantelés. Les structures actuelles basées sur les facultés sont perçues comme un frein à la collaboration, à la cohérence des cursus et aux projets transversaux.

L’Agora recommande que l’ULB fasse de l’interdisciplinarité une priorité structurelle — en repensant les structures facultaires pour créer un espace pour des entités interdisciplinaires dotées de véritables capacités de recrutement et de financement ; en facilitant la mobilité et le dialogue entre les organes institutionnels ; en promouvant des projets interdisciplinaires liés à des problèmes du monde réel ; en levant les obstacles à la promotion et au financement qui pénalisent aujourd’hui les profils non disciplinaires ; en développant un système de mineures interdisciplinaires ; et en composant un tronc commun harmonisé enraciné dans la pensée critique, l’éthique et les valeurs fondamentales de l’ULB.

Axe 2 : Faire de l’égalité, de la diversité, de l’inclusion et du bien-être une priorité stratégique transversale

L’Agora a identifié un écart persistant entre les valeurs affichées de l’ULB et ses pratiques institutionnelles, notamment en matière d’accessibilité, d’accompagnement et de conditions de travail.

Les recommandations appellent à : créer un département stratégique transversal dédié au bien-être, à l’inclusion, à la diversité et à la durabilité ; mener un audit complet des dispositifs d’accompagnement existants pour les étudiant·e·s et le personnel ; développer un plan ambitieux de transformation des campus ; améliorer les conditions et la reconnaissance du PATGS et du personnel sous-traitant ; favoriser une pédagogie innovante qui encourage l’apprentissage plutôt que l’anxiété ; et faire de l’accompagnement des étudiant·e·s de première année une véritable priorité institutionnelle.

Axe 3 : Renforcer la démocratie interne et la participation (reconstruire le dialogue et la confiance)

Les participant·e·s ont relevé un sentiment de déconnexion entre la communauté universitaire et ses structures de gouvernance, ainsi qu’une opacité et une sous-valorisation des rôles représentatifs.

L’Agora recommande : d’améliorer une communication transparente et accessible à travers tous les organes ; de mieux reconnaître et indemniser l’engagement des représentant·e·s étudiant·e·s et du personnel ; de former l’ensemble de la communauté universitaire à la culture démocratique et aux structures de gouvernance de l’ULB ; et d’institutionnaliser un dispositif permanent de démocratie participative, combinant tirage au sort, facilitation neutre et outils de consultation en ligne.

Axe 4 : Intensifier l’engagement de l’ULB dans sa troisième mission, en incarnant ses valeurs comme force d’inspiration et contre-pouvoir

En réponse à des pressions externes croissantes, l’Agora a appelé l’ULB à agir comme une institution véritablement engagée dans l’espace public.

Les recommandations comprennent : la création d’un organe inter-corps « Troisième mission et valeurs » pour suivre la cohérence entre les valeurs affichées et les pratiques effectives ; agir stratégiquement par des fronts communs avec des institutions partenaires et des choix sélectifs de financement ; défendre activement la justice sociale par une gouvernance transparente, le soutien aux membres concerné·e·s de la communauté et la mobilisation civique ; et reconnaître formellement l’engagement dans la troisième mission dans les cadres de charge de travail et les critères de carrière pour tous les corps universitaires.

Une particularité distinctive de cette assemblée universitaire : des alumni formé·e·s comme co-facilitatrices et co-facilitateurs

L’un des éléments innovants de ce processus participatif a été la mobilisation des alumni de l’ULB comme co-facilitateurs et co-facilitatrices formé·e·s. Ayant reçu une formation à la facilitation au préalable, ils et elles ont soutenu les Tables libres et ont contribué de manière significative à la qualité délibérative tout au long du processus. Cette approche a apporté plusieurs avantages distincts à la conception de l’assemblée citoyenne.

Elle a créé une véritable continuité intergénérationnelle : des alumni diplômé·e·s il y a plusieurs décennies (certain·e·s il y a plus de 60 ans !) sont revenu·e·s dans un nouveau rôle, reliant la mémoire institutionnelle aux préoccupations contemporaines dans un même espace délibératif.

Elle a introduit un regard externe sans externalisation totale : les alumni ne sont plus immergé·e·s dans les dynamiques quotidiennes de l’université, ce qui leur donne du recul et de la neutralité, tandis que leur lien avec la culture de l’ULB a permis d’ancrer les discussions. Et elle a permis de construire des compétences durables de facilitation et de gouvernance participative qui dépassent ce processus et pourront soutenir de futures initiatives de réforme universitaire.

Ce que Dreamocracy a livré

  • Conception de bout en bout d’un processus d’assemblée citoyenne à grande échelle
  • Facilitation de formats délibératifs en grand groupe (World Café, assemblée citoyenne stratifiée)
  • Recrutement des facilitateurs et co-facilitateurs
  • Formation des alumni co-facilitateurs et co-facilitatrices
  • Gestion de la plateforme d’information demain.ulb.be
  • Soutien à l’élaboration de recommandations priorisées et actionnables grâce à l’intelligence collective

Impact : l’assemblée universitaire, un modèle réplicable de gouvernance participative dans l’enseignement supérieur

Les Assemblées libres démontrent ce qui est possible lorsqu’une université s’engage dans une véritable gouvernance participative. Plus de 1 855 membres de la communauté ont contribué à l’enquête initiale, près de 200 ont pris part à la journée de délibération, et 48 membres de l’assemblée citoyenne ont consacré trois journées complètes à produire des recommandations à la fois étayées par les faits et portées par la communauté.

Les recommandations qui en résultent, couvrant l’interdisciplinarité, l’inclusion, la démocratie interne et l’engagement sociétal, reflètent la production d’un processus délibératif structuré en plusieurs étapes. Un vote de préférence a capté non seulement le consensus mais aussi l’urgence perçue de chaque mesure, donnant à l’équipe du Rectorat une image nuancée des priorités de la communauté.

Au-delà de l’ULB, cette initiative offre un modèle testé et réplicable montrant comment les universités et d’autres grandes institutions peuvent utiliser la méthodologie de l’assemblée citoyenne pour naviguer des transformations complexes en s’appuyant sur l’intelligence collective.

Questions fréquentes sur l’assemblée citoyenne de l’ULB

Qu’est-ce qu’une assemblée citoyenne universitaire ?

Une assemblée citoyenne universitaire est un mini-public délibératif composé de membres de la communauté universitaire (étudiant·e·s, académiques, chercheur·e·s et personnel) sélectionné·e·s par tirage au sort stratifié pour représenter la diversité de l’institution. À l’ULB, l’Agora des possibles a réuni 50 participant·e·s pour formuler des recommandations sur l’avenir de l’université.

Comment fonctionne le tirage au sort stratifié à l’ULB ?

Le tirage au sort stratifié sélectionne les participant·e·s parmi les volontaires en respectant des quotas par catégorie (étudiant·e·s, académiques, chercheur·e·s, PATGS) et par sous-critères (campus, facultés, niveaux d’études) afin de garantir un panel représentatif de la communauté.

Qui a organisé les Assemblées libres de l’ULB ?

Les Assemblées libres ont été conçues et facilitées par Dreamocracy, en partenariat avec le Rectorat de l’Université libre de Bruxelles, de février à avril 2026.

Comment réutiliser ce modèle de démocratie participative dans une autre université ?

Le processus en trois étapes (enquête communautaire, journée de délibération, puis assemblée citoyenne stratifiée) peut être adapté à toute institution d’enseignement supérieur souhaitant mobiliser l’intelligence collective pour orienter sa transformation institutionnelle.

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De nombreuses universités consultent désormais leur communauté en interne, selon des processus participatifs, comme en témoigne le réseau Deliberating Universities Network (Unidelib).

Stephen Boucher a piloté le processus

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